
Avant d'entrer dans le détail de chaque style, il est utile de clarifier quelques mots que l'on confond souvent.
Beaucoup de personnes utilisent « danse hip-hop » et « breakdance » comme des synonymes. Ce n'est pourtant pas tout à fait exact. Le breakdance (ou breaking) n'est qu'un style parmi d'autres au sein de la danse hip-hop, qui regroupe aussi le popping, le locking, la house dance et plusieurs autres familles de mouvements. Le terme « danse urbaine », quant à lui, est encore plus large : il englobe tous les styles nés dans la rue, qu'ils soient ou non directement liés à la culture hip-hop. Autrement dit, toute danse hip-hop est une danse urbaine, mais toute danse urbaine n'est pas forcément de la danse hip-hop.
Pour s'y retrouver plus facilement, on distingue généralement deux grandes familles. D'une part, les styles qui se dansent principalement au sol, avec des figures acrobatiques : c'est le cas du breaking. D'autre part, les styles qui se dansent debout, où tout le travail se fait dans les jambes, le buste ou les bras : le popping, le locking et la house dance en font partie. Cette distinction est un bon premier repère avant de choisir un style à essayer.
Si un seul style de danse hip-hop devait être cité, ce serait sans doute celui-ci. Le breaking est à la fois le plus ancien et le plus médiatisé des quatre styles.
Le breaking voit le jour dans le Bronx, à New York, au début des années 1970, en même temps que la culture hip-hop elle-même. Il doit son nom au « break » : le passage instrumental d'un morceau de funk, pendant lequel les danseurs se lâchaient le plus. DJ Kool Herc, considéré comme le fondateur du hip-hop, a l'idée d'isoler et de prolonger ce passage grâce à deux platines, pour laisser aux danseurs le temps de s'exprimer. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette période fondatrice, notre article sur l'histoire du hip-hop raconte en détail cette nuit de 1973 qui a tout changé.
Le breaking se construit autour de quatre familles de mouvements. Le toprock désigne les pas effectués debout, en général au début d'un passage. Le footwork regroupe les jeux de jambes exécutés au sol. Les power moves sont les figures les plus spectaculaires : moulins, têtes tournantes, et autres mouvements qui demandent force et technique. Enfin, le freeze est l'arrêt soudain, souvent dans une posture impressionnante, qui vient ponctuer un passage. Cette diversité explique pourquoi le breaking est à la fois une danse et un véritable sport, exigeant sur le plan physique.
Cinquante ans après sa naissance dans les block parties du Bronx, le breaking a connu une consécration inédite : son entrée aux Jeux Olympiques de Paris, les 9 et 10 août 2024, sur la place de la Concorde. Ami Yuasa, pour le Japon, et Phil Wizard, pour le Canada, ont respectivement décroché l'or chez les femmes et chez les hommes. Fait moins connu : le breaking ne fera pas partie du programme des Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028, ce qui montre que sa place parmi les disciplines olympiques reste encore à consolider.
Moins connu du grand public que le breaking, le popping repose sur un principe fascinant : donner l'impression que le corps est mécanique.
Contrairement à une idée répandue, le popping n'est pas né à Los Angeles, mais à Fresno, une ville de la vallée centrale de Californie. C'est là que Boogaloo Sam, avec son frère et leur groupe les Electric Boogaloos, développe ce style dans la seconde moitié des années 1970. Leur passage remarqué à l'émission télévisée Soul Train, en 1979, permet au popping de se faire connaître au-delà de la Californie et de devenir l'un des styles incontournables de la danse hip-hop.
Le mouvement de base du popping, appelé le « pop », consiste à contracter puis relâcher très rapidement un muscle, ce qui crée un petit choc visuel à chaque temps de musique. À partir de cette technique, les danseurs ont développé des illusions célèbres, comme le robot, qui imite les mouvements saccadés d'une machine, ou le wave, qui donne l'impression qu'une onde traverse le corps. C'est un style qui demande beaucoup de patience : il se travaille lentement, muscle par muscle, avant de pouvoir être enchaîné en musique.
Parmi les quatre styles fondateurs, le locking a sans doute l'origine la plus surprenante.
À la fin des années 1960, à Los Angeles, un jeune danseur nommé Don Campbell tente d'exécuter un pas de danse en vogue, le « funky chicken ». Il échoue, et son geste se bloque net en plein mouvement de bras. Plutôt que de corriger cette erreur, il décide d'en faire un atout : ce blocage soudain, qu'il reproduit volontairement par la suite, donne naissance au « lock ». La danse s'appelle d'abord « Campbellocking », avant d'être raccourcie en « locking ».
Don Campbell ne reste pas seul très longtemps. Il fonde The Lockers, une troupe qui réunit d'autres danseurs passionnés par ce nouveau style, et qui se distingue par des mouvements amples, des arrêts nets et une forte dimension théâtrale, proche du mime. Grâce à des passages télévisés, The Lockers contribue à faire connaître le locking bien au-delà de la Californie, et à l'installer durablement parmi les styles fondateurs de la danse hip-hop.
Dernier des quatre styles de ce guide, la house dance a une particularité : elle n'est pas née dans la rue, mais sur la piste de danse.
Comme son nom l'indique, la house dance se développe dans les clubs où l'on joue de la musique house, principalement à Chicago et à New York, au cours des années 1980. Elle naît du besoin naturel des danseurs de bouger sur ce tempo rapide et répétitif, dans une ambiance festive et sociale plutôt que compétitive à ses débuts. C'est une différence importante avec le breaking, le popping ou le locking, qui sont nés dans un cadre davantage tourné vers la performance et le battle.
La house dance repose sur deux mouvements principaux. Le jacking est une ondulation du buste qui part du torse et irrigue tout le corps, en lien direct avec le rythme de la musique. Le footwork, de son côté, désigne un jeu de jambes rapide et précis, qui demande de l'endurance et une bonne musicalité. Ensemble, ces deux éléments donnent à la house dance son allure fluide et continue, très différente de l'énergie saccadée du popping ou explosive du breaking.
Au-delà de ces quatre styles fondateurs, il existe d'autres danses que l'on associe régulièrement à la culture hip-hop, sans qu'elles en partagent toujours la même origine. Le krump, né à Los Angeles au début des années 2000, se caractérise par une énergie brute et des mouvements de bras très marqués. Le waacking et le voguing, nés dans les clubs afro-américains et latinos des années 1970-1980, misent quant à eux sur des mouvements de bras rapides et des poses stylisées. Ces styles méritent chacun un article à part entière ; nous avons choisi, dans ce guide, de nous concentrer sur les quatre piliers les plus directement liés à l'histoire du hip-hop.
Une fois les quatre styles présentés, une question reste souvent sans réponse chez les débutants : lequel essayer en premier ? Il n'existe pas de bonne réponse universelle, mais quelques repères simples permettent d'orienter son choix.
Trois erreurs reviennent souvent chez les personnes qui découvrent la danse hip-hop. La première consiste à vouloir pratiquer plusieurs styles en même temps, dès les premiers cours, ce qui disperse les efforts au lieu de les concentrer. La seconde est de copier une vidéo trouvée en ligne sans avoir travaillé les bases correspondantes, ce qui conduit souvent à de mauvaises habitudes difficiles à corriger par la suite. La troisième, enfin, est de négliger l'échauffement, en particulier pour le breaking, qui sollicite fortement les poignets, le dos et les articulations.
Dans notre école, deux de ces styles trouvent une place concrète dans nos cours : le breaking, enseigné pour lui-même, et le hip-hop freestyle, qui puise dans plusieurs de ces influences fondatrices pour construire un vocabulaire personnel. Nous ne proposons pas, à ce jour, de cours dédiés spécifiquement au popping, au locking ou à la house dance, mais ces styles nourrissent la culture que nous transmettons et inspirent régulièrement nos chorégraphies. Pour mieux comprendre la différence entre nos deux cours, vous pouvez consulter notre article Breaking vs Hip-Hop Freestyle, qui détaille ce que l'on apprend dans chacun d'eux.
Le breakdance (ou breaking) est un style parmi d'autres au sein de la danse hip-hop, qui regroupe aussi le popping, le locking, la house dance et plusieurs autres styles.
Il n'y a pas de style universellement « plus facile » : cela dépend surtout de votre profil et de vos envies. Le locking et la house dance demandent en général moins de préparation physique initiale que le breaking, mais rien ne remplace l'essai en cours pour se faire son propre avis.
Le locking est attribué à Don Campbell, à Los Angeles, à la fin des années 1960. Le popping s'est développé un peu plus tard à Fresno, en Californie, porté notamment par Boogaloo Sam et son groupe, les Electric Boogaloos.
Elle est née dans un contexte un peu différent, celui des clubs house de Chicago et de New York, mais elle est aujourd'hui considérée comme l'un des styles de la famille des danses urbaines, au même titre que le hip-hop.
Cela dépend avant tout de l'école et du style choisi. Chez Expressions Urbaines, nos cours sont ouverts à différentes tranches d'âge selon les créneaux : n'hésitez pas à nous contacter pour trouver celui qui correspond à votre enfant ou à vous-même.
La danse hip-hop n'est donc pas une discipline unique, mais une famille de styles de danse urbaine, chacun né à une époque et dans une ville différentes : le breaking dans le Bronx en 1973, le locking à Los Angeles à la fin des années 1960, le popping à Fresno à la fin des années 1970, et la house dance dans les clubs de Chicago et New York au cours des années 1980. Plutôt que de chercher LE meilleur style, le plus utile, quand on débute, est de les essayer un par un pour trouver celui qui correspond le mieux à sa personnalité et à son énergie.